advanced-decision-analysis

La peur de prendre une décision

VOTRE QUESTION :

Bonjour,

Cela fait des années que je vis une véritable torture quotidienne : je ne sais pas prendre de décision. J’hésite, puis je crois que je fais un choix, alors me dis que j’ai pris la mauvaise décision, je culpabilise, je reviens en arrière et ça n’avance pas. C’est ainsi pour tout, tout le temps, que ce soit pour décider quels vêtements je vais porter, ou encore si je dois changer de voiture ou pas. Je ne sais plus quoi faire, je m’épuise…je me sens tellement désespérée…

Martine, 28 ans, technicienne de laboratoire, Toulouse.

LA RÉPONSE DU COACH :

Bonjour Martine,

Je comprends que vous vivez une situation difficile et je vous félicite de vouloir en sortir. Je vous remercie également de la confiance que vous nous témoignez et c’est avec plaisir que je vous apporte aujourd’hui quelques clés.
Sachez tout de même que rien de vaut un accompagnement individualisé avec un professionnel du changement.

 

1. Le premier point qu’il me semble important de souligner est que chaque jour, du moment où vous ouvrez les yeux jusqu’au moment de vous coucher, vous prenez des centaines de décisions, dont certaines seront passées inaperçues à vos yeux parce qu’elles font partie de vos automatismes à force de répétition.
Vous prenez la décision de vous lever, de boire du café plutôt que du thé, vous prenez la décision de faire les courses, vous prenez la décision d’aller au travail, et vous prenez tel chemin plutôt qu’un autre… et c’est ainsi tous les jours.
Pensez aussi que pour les fois où vous ne prenez pas de décision, c’est quand-même une décision que vous prenez, aussi inconsciente soit-elle.
Alors lorsque vous dites que vous ne savez pas prendre de décision, ce n’est pas vraiment exact. Mais en attendant, vous ancrez toujours plus ce message limitant dans votre système de pensées, ce qui vous rend la prise de décision d’autant plus difficile puisque vous partez du postulat que vous ne savez pas le faire. La bonne nouvelle, quand on ne sait pas faire, c’est que l’on peut apprendre !
Demandez-vous d’abord dans quels domaines de votre vie, ou dans quels types d’activités il vous est le plus difficile de prendre des décisions.
Puis faites une liste de 20 décisions que vous avez prises au cours de votre vie, qu’elles soient petites ou grandes, « bonnes » ou « mauvaises ». Pour chacune d’entre elles, demandez-vous d’abord quel a été votre processus de réflexion (qu’est-ce qui a motivé votre prise de décision). Puis, demandez-vous à quoi ces décisions vous ont menée : à quelles situations ? Plutôt positives, ou plutôt négatives ? Quels apprentissages en avez-vous retirés ? Si vous deviez recommencer, que feriez-vous à l’identique, et que feriez-vous de façon différente ?

Prenez un peu de recul par rapport à tout cela : de quoi avez-vous pris conscience ? En quoi cela vous permet d’enrichir la perception que vous avez de votre problématique ?

 

2. Un autre point important, c’est que des peurs se cachent derrière votre difficulté à prendre une décision, et elles sont toutes liées à un manque d’estime de soi en général, et de confiance en soi en particulier. Il est ainsi primordial de les identifier. Je vous en propose quelques unes, mais vous seule savez de quoi vous avez peur.
– Peur de prendre de mauvaises décisions
– Peur de s’engager
– Peur de l’échec / de ses erreurs
– Peur de la responsabilité
– Peur d’être jugé / Peur de ridicule
– Peur du changement
– Peur d’éprouver des sentiments désagréables
– Peur du rejet
– …
Quelles sont vos peurs ? Commencez par les identifier en les notant une par une.
Puis, apprenez à en dédramatiser les conséquences en séparant une feuille en deux. À gauche, notez les pires choses qui pourraient vous arriver : perdre ce nouvel emploi que vous avez envie d’accepter; ne pas s’avérer aussi compétente dans la nouvelle entreprise, etc. Et à droite, écrivez toutes les solutions que vous pourrez mettre en œuvre si ces situations venaient à se passer : faire des économies, vous mettre à chercher un nouveau travail (forte alors d’une expérience supplémentaire), activer et solliciter votre réseau, etc.
Il est très important de savoir dédramatiser, et vous verrez qu’on peut survivre même au pire, d’autant que très souvent, vos peurs ne se réalisent pas : elles sont le produit de votre imagination. Elles ne sont donc pas réelles, mais pour autant, vous les faites vivre dans votre réalité.

Réfléchissez également à ce que vos peurs vous permettent de faire (ou d’être, de paraître, ou de maintenir) ? C’est une question que mes clients ont de prime abord du mal à comprendre : comment un problème peut leur permettre quoi que ce soit ? Et bien jouez le jeu, et cherchez à répondre à cette question. Vous verrez que votre problème vous permet, ou vous a permis de satisfaire un ou des besoins. Il devient un problème pour vous quand d’autres besoins plus importants s’en trouvent bafoués de par son fait.
Exemple : Ne pas prendre une décision peut vous permettre de ne pas en prendre la responsabilité, et donc de ne pas avoir à en gérer les conséquences. Quand vous ne prenez pas une décision, à quel besoin répondez-vous ?

Et à contrario, qui vous empêchent-elles d’être, ces peurs ? Que vous empêchent-elles de faire ?
En quoi est-ce un problème pour vous ?
Quelles vont être les conséquences pour vous à court, moyen et long terme si vous ne résolvez pas ce problème ?
Que voulez-vous à la place ?

 

3. Je vais développer ici le point que me semble le plus important de tous : derrière toute peur se cache une croyance. Les croyances, nous en avons tous. C’est tout ce que l’on prend pour vrai, nos convictions, nos pensées, nos jugements, ce que nous nous disons dans notre for intérieur… Et tout ce que nous faisons chaque jour va nous permettre de les confirmer. Aucune n’est plus vraie qu’une autre, mais pour autant, elles créent notre réalité.
Henry Ford a dit « Que tu penses en être capable ou pas, dans les deux cas, tu as raison », parce que nous ferons en sorte d’en être capable ou pas, selon la perception que nous avons de nous-mêmes et de la situation.
Les croyances sont aidantes, neutres ou limitantes.
Exemples :
– « La vie est belle » : croyance aidante : je vais avoir tendance à chercher et donc à voir ce qui fait que la vie est belle, je vais porter mon attention sur les choses positives, et en les trouvant (quand on cherche, on trouve toujours), je vais me dire que la vie est vraiment belle. C’est donc une croyance aidante puisqu’elle va me permettre de voir le verre à moitié plein.
– « Mon chemisier est bleu » : croyance neutre qui à priori n’impacte pas mes émotions, sentiments ou comportements.
– « Je n’y arrive jamais » : croyance limitante qui va me couper dans mon envie et ma motivation puisque je suis persuadé que je n’y arriverai jamais, c’est perdu d’avance, et il y a de fortes chances qu’en effet, je n’y arrive pas. Je me dirai alors que je le savais, validant ma croyance limitante et créant ainsi ma réalité.

Concernant votre peur de prendre des décisions, une des croyances les plus limitantes est de se dire qu’il y a de bonnes et de mauvaises décisions. Mais est-ce vraiment aussi tranché dans la vie ? Une décision que je vois comme « mauvaise » à un moment T ne peut-elle pas, à un autre moment, s’avérer m’être bénéfique ? 
Exemple : je décide, après maintes hésitations, de me mettre au ski plutôt qu’au tennis. Je tombe et me casse le bras dès le premier jour, et j’en ai pour plusieurs semaines de plâtre, avec tous les désagréments que cela comporte. Je peux alors me dire que c’était vraiment une mauvaise décision, et que j’aurais dû faire du tennis. Mais voilà que le médecin qui m’enlève mon plâtre s’avère devenir l’homme dont je tombe amoureuse et avec qui je me marie… Alors, c’était une bonne ou une mauvaise décision de choisir le ski ???
Et combien même vous êtes persuadée que votre décision a été « mauvaise », demandez-vous ce que vous en avez appris, et ce que vous ferez différemment la prochaine fois, c’est très constructif.
Nous ne sommes jamais en mesure de savoir avec exactitude à quoi une décision B nous aurait menés quand nous avons fait le choix A. Cependant, nous pouvons passer beaucoup de temps à regretter cette décision, et à imaginer ce qui serait arrivé si nous avions pris l’alternative. Ce processus de pensée mène tout droit à la culpabilité, et notre estime de soi s’en retrouve forcément abîmée. C’est un cercle vicieux dont il est nécessaire d’apprendre à sortir si vous souhaitez retrouver de la sérénité et du bien-être dans votre vie.
La seule bonne décision que vous puissiez prendre est de vous dire que quoi qu’il arrive, vous aurez toujours les ressources (vous saurez en tous cas apprendre à les développer) pour rebondir et avancer dans vos objectifs de vie. Seules vos croyances et vos pensées, et du même coup votre attitude et vos comportements quotidiens qui en découleront, peuvent vous assurer que ça se passera bien… ou pas ! C’est vous qui décidez…
À partir du moment où vous ne penserez plus en termes de « bonnes » ou « mauvaises » décisions, vous oserez faire des choix avec plus de légèreté, et surtout, ce ne sera plus un problème pour vous de les assumer.
Cela vous demandera de développer votre confiance en vous, et tout professionnel du changement saura vous accompagner dans cette direction.

 

4. Un autre point important est d’apprendre à “choisir ses combats” , c’est-à-dire savoir faire la distinction entre les choix qui sont réellement impactants (exemple : acheter une maison) de ceux dont les conséquences restent limitées (exemple : quels vêtements je vais porter aujourd’hui, est-ce que j’achète ce meuble ou celui-ci, etc…) afin de savoir y mettre juste l’énergie et le temps nécessaires, ni plus, ni moins.
Vous pouvez là aussi faire votre liste : d’un côté, les décisions sans grandes conséquences et de l’autre, les décisions impactantes.

 

5. Quand enfin vous prenez une décision, TENEZ-LÀ. Plus vous rendez votre choix définitif, plus vous serez à même d’apprendre à lâcher-prise sur ce qui aurait pu se passer si vous aviez choisi l’autre option, et surtout, vous permettre d’accepter votre décision, d’apprendre à « vivre avec » et à vous organiser pour l’intégrer de façon positive à votre vie. En un mot, à l’assumer. Une fois que votre décision est prise, choisissez de regarder devant vous plutôt que derrière, ça fera toute la différence.

 

6. Pour conclure, je vous propose quelques clés supplémentaires :
Recueil d’informations avec une date butoir : afin de prendre la décision la plus en accord avec vos besoins, rassemblez le maximum d’informations et de conseils auprès d’experts, et donnez-vous une date au-delà de laquelle votre décision sera prise. Respectez cette date coûte que coûte. Au début, ça risque de vous paraître difficile ou d’être source d’angoisse, mais forcez-vous, et vous finirez par vous habituer à ce nouveau mode de fonctionnement.

L’isolement : après avoir recueilli les informations dont vous aviez besoin, prenez le temps de vous isoler. Coupez-vous du reste du monde (téléphone, internet, etc) pendant quelques instants, voire quelques heures. Restez concentrée sur votre question avec l’objectif de ressortir décidée.

La visualisation : pour les choix qui vous engagent à long terme (exemple : avoir ou non un enfant), demandez-vous : « Comment je vois ma vie dans 10 ans, dans 20 ans ? Qu’est-ce qui sera important pour moi à ce moment-là ? »
Efforcez-vous alors de voir comment le choix que vous envisagez s’insère dans le grand scénario de notre vie. Fermez les yeux et imaginez-vous dans la situation qui sera la vôtre si par exemple vous décidez de faire un enfant, les bons et mauvais moments compris : Comment vous organiserez votre quotidien avec votre conjoint ? Qui ira le chercher le soir de la garderie ? Qui fera les biberons de 5 heures du matin ? Quel type d’éducation souhaitez-vous lui donner ? Quelle relation aurez-vous avec lui quand il sera adolescent, etc. Vous pouvez aussi visualiser le contraire en vous imaginant 15 ans plus tard sans enfant. Essayez de ressentir cette absence afin de voir si vous la vivrez ou non comme un manque. Demandez-vous si votre carrière aura toujours autant d’importance à vos yeux, etc.
Dans les exercices de visualisation, vous apprenez à vous fier à votre instinct. C’est un outil précieux quand vous savez vous en servir…

 

Je finirai par l’histoire de l’âne de Buridan : un âne ayant autant faim que soif est placé à égale distance d’une botte de foin et d’un seau d’eau. Ne pouvant choisir entre ces deux options, l’âne se laisse mourir…

J’espère vous avoir apporté l’aide que vous attendiez, et je reste à votre disposition si vous avez besoin d’aller plus loin.

Bien à vous,

Yasmine Amari

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *